Les Poètes
 


 

 

 

 

 

 

 

 

 












Le Cercle des poètes disparus est un livre (de H.H. Klienbaum) et un film à succès (de Peter Weir) qui ne croyait pas si bien dire. De nombreux poètes sont morts de façon « bizarre » sous l’époque des Césars, à commencer par Lucrèce et Catulle sous Jules et, sous Auguste, il y en eut une pléiade dont les plus connus furent Virgile, Tibulle, Properce et Horace.
Nous nous concentrerons plus spécialement sur Virgile et Horace, ainsi que sur Ovide qui ne fut probablement pas exécuté, mais qui fut relégué chez les Gètes, au bout de l’empire romain pendant les dix dernières années de sa vie. Finalement, il se suicida (c’est notre hypothèse) pour valider des dates inscrites dans ses écrits, notamment l’Apocalypse qui n’est autre que le témoignage de Virgile, de son assassinat par Auguste pour avoir créé l’histoire de Jésus, le concept d’amour total venant sur terre pour annoncer l’Age d’Or.

Virgile assassiné par Auguste ? Je ne peux que vous engager à visiter les sites de J.-Y. Maleuvre, un expert en lettres classiques qui a analysé avec talent les œuvres de Virgile, Horace et Ovide, mais, en préambule j’aimerais vous livrer l’avant-propos de sa « Petite stéréoscopie des Epodes d’Horace » qui va tellement dans le sens de ce que j’essaye de démontrer, et qui est si admirablement expliqué :

« Effets magiques et comme stéréoscopiques de la « double écriture ». Des personnages jusqu’ici sans épaisseur, parfaitement éthérés, prennent soudain chair et substance, des événements censément abstraits, littéraires et fictifs, s’ancrent dans l’actualité la plus brûlante et souvent la plus sanglante. L’air que l’on respirait à Rome il y a vingt siècles vient nous souffler en plein visage, avec la violence des tempêtes. Par le génial procédé du changement non signalé de locuteur, des poèmes qui se tenaient sagement à plat sur la page en jaillissant brusquement pour s’affronter entre eux sur la scène comme d’irréconciliables frères ennemis. Un espace se crée, un théâtre, une résonance, des masques. Mais ces masques verbaux, c’est au lecteur de les identifier, et les mots, par la vertu de la coincidentia oppositorum, confondent souvent si intimement leurs significations antagonistes que nous sommes menacés à chaque pas de perdition, en prenant le mal pour le bien et le bien pour le mal. Rarement dans l’histoire des littératures la responsabilité impartie par l’auteur à son locuteur fut aussi redoutable. Plus question désormais de se réfugier derrière la rassurante notion de « lecture plurielle » : il s’agit de sens superposés, cachés l’un sous l’autre ou l’un dans l’autre, et qu’il faut déployer. Quant au poète, il se situe encore moins dans le « second sens » que dans l’écart entre les deux, dans cette tension même, ce « vide ». Par delà le bruit et la fureur d’une histoire, la sienne, la nôtre, par delà une virtuosité verbale prodigieuse, il atteint ce but suprême de tout vrai poète, peut-être, qui serait d’accéder au cœur même du dieu Silence. »
(Jean-Yves Maleuvre, Petite stéréoscopie des Epodes d’Horace, J. Touzot 1995).


 
   
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Illustrations: Claire Terrenoire